Sologne, octobre mille neuf cent cinquante-trois. L'orage me suit depuis Orléans et il ne faiblit pas. Au bout de l'allée, la demeure des Lenoir. Toutes fenêtres éteintes, sauf une.
On m'appelle pour un mort : Édouard, le maître des lieux, poignardé avec son propre coupe-papier. Trois personnes sous ce toit ce soir. L'une d'elles a frappé.
La porte s'ouvre avant que je frappe. Céline Vasseur, la gouvernante, une lampe tremblante au poing, blanche comme un linge.
Céline VasseurMonsieur le détective... Dieu merci, vous voilà. Vous montez ? Monsieur est là-haut, dans son bureau. Personne n'a touché à rien, je vous le jure.
Dans le hall, deux silhouettes m'attendaient déjà : Hélène Lenoir, la veuve, pas une larme et un rang de perles ; et Bastien, le neveu, un verre à la main.
Hélène LenoirDétective. Faites vite, cette maison a eu son compte d'émotions. Bastien, repose ce verre, tu te donnes en spectacle.
Bastien LenoirVoyons, ma tante, c'est l'usage : on trinque aux disparus. Un cognac, détective ? Non ? Dommage.
— Gardez votre cognac, monsieur Lenoir, ai-je répondu. Personne ne quitte le manoir cette nuit. Personne.
Trois voix, trois versions déjà prêtes. Le mort, lui, ne dira plus rien. Les vivants ont eu tout le temps de répéter.